21 février 2011

Théâtre idiot


La comtesse : (coquette) Non. (elle s’assoit dans un transat, le mousse sur le bastingage – un temps – elle fait des mines, regarde le mousse du coin de l’œil, puis, enjôleuse) Quel âge as-tu ?
Le mousse : (ennuyé) Dix-sept ans.
La comtesse : (flatteuse) Oh ! Tu en parais bien vingt ! (il ne répond pas) Sais-tu que tu n’es pas laid ? (il ne répond pas) Bien sûr, tu n’as pas ce… cette maturité du commandant ou du docteur, mais… la jeunesse ! (elle   soupire) Ah ! 17 ans… C’est à cet âge que j’ai connu le comte. J’ai tout de suite été très amoureuse de lui. Il était si beau, si fort, si plein de vie.
Le mousse : De quoi il est mort, déjà ?
La comtesse : (changeant de ton) Tu dois bien avoir une fiancée, toi aussi ?
Le mousse : Une quoi ?
La comtesse : Une fiancée.
Le mousse ; Qu’est-ce que c’est ?
La comtesse : (avec un rire indulgent) Oh ! Oh ! qu’il est sot. Mais une fiancée voyons, c’est une jeune fille…
Le mousse : (l’interrompant) Je connais la tulipe, la rose, la mer, la lune, la Tour Eiffel, la poste, la mairie, la poulie, la sortie, la souris et la fourmi, mais je ne connais pas la fiancée.
La comtesse : (riant) Ah ! Ah ! Ah !
Le mousse : Ça se boit ? ça se mange ? ça se touche ? ça s’escalade ? ça se contourne ? ça s’emprunte ? ça s’observe ?
La comtesse : (riant toujours) Ah ! allez, ne sois pas stupide. Elle est comment ?
Le mousse : Qui ?
La comtesse : Ta fourmi, ta souris, ta sortie, ta poulie, ta mairie.




                         Fluctuat, fluctuat (Anne Marbrun)  Extrait 2

2 commentaires:

antoine peuchmaurd a dit…

Que madame la baronne accepte mes compliments, votre théâtre décidément m'époustoufloie et me remplit de joie.
L'équilibre dont vous faites preuve dans l'absurde est des plus réjouissantes.

Anne Marbrun a dit…

Merci beaucoup, Monsieur le Duc. Peut-être avez-vous une petite expérience du théâtre ?