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21 avril 2012

Théâtre idiot

Fluctuat, fluctuat...
(extrait 8)
Le docteur : (au mousse, très détaché) Dites-moi, garçon, pourquoi le commandant ne descend-il pas ?
Le mousse : Il vous l’a dit, il est très occupé.
Le docteur : (après un temps) Oui, mais jusque là, tous les matins, il est venu passer un moment avec nous sur le pont.
Le mousse : (agacé) Jusque là oui, aujourd’hui non.
Le docteur : Pourquoi ? (le mousse ne répond pas – il a seulement un regard mauvais) De… demandez-lui quand même de venir.
La comtesse : Oui, demandez-lui.
Le mousse : Parce que vous croyez que je n’ai que ça à faire.
La comtesse : (intimidée) Non, mais… (avec beaucoup de gentillesse) Demandez-lui.
Le mousse : S’il vous plaît.
La comtesse : S’il vous plaît.
Le mousse : (suffisant) Je vais voir ce que je peux faire. (il s’approche de la passerelle) Commandant ! Le docteur et la comtesse souhaiteraient que vous vinssiez sur le pont. (le docteur et la comtesse se regardent avec étonnement) Je crois que votre absence les chagrine.
Le commandant : (bêtement) Ah, ah, vraiment ?
La comtesse :  Oui, euh… (se tournant vers le mousse) Dites-lui que nous nous inquiétons pour lui.
Le docteur : C’est ça, nous nous inquiétons.
Le mousse : Ils s’inquiètent pour vous, Commandant.
Le commandant : Ils s’inquiètent de quoi ?
Le mousse : De quoi ?
La comtesse : Mais, euh… de sa santé.
Le mousse : De votre santé, commandant.
Le commandant : Eh bien, ils ont tort, je me porte très bien.
Le mousse : Le commandant dit qu’il est malade.
Le docteur : (timidement) Euh… vous êtes sûr ?
Le mousse : (très autoritaire) Comment, je suis sûr ?
La comtesse : Demandez-lui ce qu’il a.
Le mousse : De quelle maladie souffrez-vous, Commandant ?
Le commandant : (avec vulgarité) Quelle maladie, oh, oh, j’ai faim, parbleu. Je souffre de la faim.
Le mousse : Le commandant craint d’avoir été contaminé.
Le commandant : Je mangerais bien un quartier de bœuf.
Le mousse : Il a un bubon à l’aisselle droite.
Le docteur : Euh… je ne voudrais pas vous contrarier, mais…(un regard autoritaire du mousse l’interrompt)
Le commandant : Qu’est-ce qu’ils foutent à la cuisine, bon dieu !
Le mousse : Il dit qu’il a de la fièvre.
La comtesse : Depuis quand est-il malade ?
Le mousse : Depuis quand avez-vous faim, Commandant ?
Le commandant. Mais ça fait bien une heure que j’attends mon petit déjeuner. Qu’est-ce qu’ils foutent bon dieu !
Le mousse : Ça l’a pris hier soir. (le docteur et la comtesse hochent la tête en s’éloignant)Au moment de se coucher, il a ressenti de vives douleurs à la tête et son aisselle était enflée.
(le docteur s’assied sur le bastingage et prend les jumelles)
Le commandant : (se penchant vers le mousse) Ils sont partis ?
Le mousse : Oui.
Le commandant : (riant comme un gamin) C’est pas vrai !
Le mousse : (très froid) Quoi donc ?
Le commandant : J’ai pas faim. C’était juste pour les éloigner.
    (le mousse jette au commandant un regard méprisant et se remet à balayer – le docteur regarde avec les jumelles)


14 février 2012

Théâtre idiot

Fluctuat, fluctuat...
Anne Marbrun
(extrait 7)













 Le docteur : (s’étirant) Je crois que nous allons avoir une belle journée.
La comtesse : Oui, que ferons-nous ?
Le docteur : Mais, comme vous voudrez. Une promenade ?
La comtesse : Oui. Oh ! un pique-nique !
Le docteur : (un peu sceptique) Un pique-nique, vous croyez ?
La comtesse : Oui, oui, ce sera très bien. (très excitée) Euh… voyons, il nous faudra un panier avec un repas froid, une belle nappe blanche pour mettre sur l’herbe. Le mousse va s’occuper de tout ça. Euh ? Quoi encore ? Ah ! oui, on emporte des couverts ou on mange avec nos doigts ?
Le docteur : Je ne voudrais pas vous décevoir Comtesse, mais…
La comtesse : (sans l’écouter) Nous mangerons avec nos doigts, ce sera beaucoup plus excitant. Le mousse va s’en occuper. Et pour la boisson, qu’est-ce que vous voulez ?
Le docteur : Non, mais…
La comtesse : Du cidre, je crois que ça n’irait pas mal. Qu’est-ce que vous en dites ? (se tournant vers le mousse) Allez, qu’attendez-vous ? (il ne bouge pas)
Le docteur :(essayant de l’arrêter) Ne vous emballez pas tant.
La comtesse :(au mousse) Non, mais vous n’avez pas compris ! Nous voulons du cidre, des cornichons…( le mousse continue à l’écouter, appuyé sur son balai, impassible – elle s’arrête, déroutée) Qu’est-ce qu’il y a ?
Le mousse : Un tout petit inconvénient à votre projet.
La comtesse : Lequel ?
Le mousse : Vous oubliez que le bateau est consigné et que vous ne pouvez le quitter qu’avec l’autorisation du commandant.
La comtesse : Ah ! vous m’amusez. Eh bien, demandez - le lui au commandant. (au docteur) La belle affaire ! Vous vous rendez comte ! (au mousse) Vous y allez, oui ?
Le mousse : (sans se presser) J’y vais, j’y vais, mais… on verra bien.
La comtesse : (au docteur pendant que le mousse s’éloigne) Il se fiche de nous, non ?
Le docteur : (embarrassé)Il n’a peut-être pas tort. Ce projet n’est pas très raisonnable.
La comtesse : (très choquée) Oh !
Le mousse : (au commandant, sur la passerelle)Commandant ! (pas de réponse) Commandant !
Le commandant : (sans lever les yeux de son journal, bourru) Qu’est-ce qu’il y a ?
Le mousse : C’est la comtesse qui voudrait savoir…
Le docteur : Madame la Comtesse.
Le mousse : Madame la Comtesse voudrait savoir si…
Le commandant : Tu vois bien que tu me déranges.
Le mousse : (à la comtesse)Qu’est-ce que je vous disais ? (la comtesse lui fait signe de continuer) Madame la Comtesse vous fait demander si…
Le commandant : Oh ! ça suffit. Je n’ai pas le temps. (le mousse a un geste d’impuissance envers la comtesse)
La comtesse : Mais insistez !
Le mousse : Il dit qu’il n’a pas le temps.
La comtesse : Comment ça, pas le temps ? Il est au service de ses passagers, non ?
Le mousse : Commandant ! (pas de réponse) Commandant, la comtesse dit que vous êtes au service de vos passagers.
La comtesse : Il doit satisfaire leurs moindres demandes.
Le mousse : Vous devez satisfaire leurs moindres demandes.
La comtesse : Nous payons assez cher, il me semble.
Le mousse : Ils paient assez cher.
Le commandant : Non.
Le mousse : Comment non ?
Le commandant : Ils ne paient pas assez cher, non.
(La comtesse fait signe au mousse de recommencer)
Le mousse : Commandant, la Comtesse de Briffard vous fait demander l’autorisation…
Le commandant : Briffard… fouiller. (rire très grossier) Ah ! Ah !
Le mousse : L’autorisation d’aller en pique-nique avec le docteur.
Le commandant : En pique-nique en plein océan ! Ecoute-moi, garçon, tu vas dire à la Comtesse de Briffard qu’elle me foute la paix, sinon je la débarque, elle et son marlou, sur le premier îlot venu.
Le docteur : (à la comtesse) Renonçons ,ça vaut mieux.
La comtesse : (au mousse) Dites au commandant que je ne supporterai pas plus longtemps ses excès de langage et qu’il ferait bien…
Le commandant : Et dis à cette vieille folle que j’en ai assez de ses caprices stupides.
( Le mousse se tourne vers la comtesse)
La comtesse : Quoi ! Dites-lui…
Le mousse : (levant les bras dans un geste autoritaire) Oh ! eh ! ça suffit ! (le docteur et la comtesse se regardent – il baisse les bras, reprend son balai et va balayer – les autres autres ont été arrêtés net– un temps)
   La comtesse : (larmoyant) C’est dommage quand même. J’aurais bien aimé…
Le docteur : Bah ! n’y pensez plus.
La comtesse : (rêveuse) On aurait ramassé des jonquilles, ou des colchiques.
Le mousse : Ou des marguerites ou des violettes.
La comtesse : (d’abord interloquée puis se ressaisissant) Ou des dahlias ou des soucis.
    ( Le ton monte peu à peu jusqu’à la colère)
Le mousse : Ou des coquelicots.
La comtesse : Ou des roses trémières.
Le mousse : Ou des jacinthes.                                                          
La comtesse : Ou des pivoines.
Le mousse : Des renoncules.
La comtesse : Des pétunias.                           
Le mousse : Des bégonias.
La comtesse : Des camélias.
Le mousse : Des hortensias.
La comtesse : Des Zinnias.
Le mousse : Des résédas.
Le commandant : (hurlant mais sans se détacher de sa lecture) Des séquoias ! 
  (Le mousse et la comtesse s’arrêtent net et s’immobilisent un instant – le commandant ne    bouge pas)
La comtesse : (ton larmoyant) C’est dommage quand même. On aurait ramassé des jonquilles… (elle hésite) ou des colchiques.
    ( Le mousse se remet à balayer, les autres personnages s’animent à nouveau)


26 janvier 2012

Théâtre idiot

 Fluctuat, fluctuat... (extrait 6)

Anne Marbrun


Ceux qui auraient malencontreusement perdu le fil (avouons qu'il y a de quoi) peuvent se reporter aux cinq extraits précédents dans la rubrique "mes écrits".

Les pestiférés, vagues fantômes indéterminés, ont introduit la peste sur le bateau. Le mousse qui a déjà pris de l'ascendant sur le commandant, en prend maintenant sur le docteur.
                                         


Le commandant est sur la passerelle. Le mousse est seul, il danse avec son balai, sans musique. Le docteur arrive.
Le mousse : (sans s’arrêter de danser) Bonjour, Docteur.
Le docteur : (sans y prendre garde) Bonjour. (il s’assied sur un transat, allume une cigarette  -  nonchalamment) Comment vont les pestiférés ?
Le mousse : (s’arrêtant brusquement)  Bien, merci. Nous en avons perdu un. Il a rendu l’âme vers la minuit. Mais comme nous en avons un nouveau, nous sommes toujours à quatorze.
Le docteur : Ils sont encore dans la cale ?
Le mousse : Oui, nous sommes un peu serrés bien sûr et puis, avec ce temps, nous souffrons de la chaleur. Enfin ! il faut bien mourir de quelque chose.
Le docteur : Chacun ses peines.
Le mousse : Quand même, c’est vite fait, allez. Tenez, prenez l’aide-cuisinier par exemple. Voilà un garçon qui était en pleine santé, et bien aujourd’hui il a ses bubons.
Le docteur : (pensivement) Ah ! Qu’est-ce qu’on peut faire contre la maladie ?
Le mousse : Je vous le demande.
Le docteur. On est bien peu de choses.
Le mousse : (changeant subitement de ton) Vous n’avez pas fini de débiter des niaiseries ?
Le docteur :  (interdit) Mais…
Le mousse : (se met à balayer puis s’arrête) Pfff ! Et c’est docteur, ça ! (se remet à balayer)
Le docteur : (vexé) Non mais, vous voyez ça. Si les mousses nous jugent maintenant, où va-t-on ?
   (le mousse balaie dans les pieds du docteur, sans gêne – le docteur se résigne à lever les jambes mais avec un air pincé – le mousse s’éloigne en balayant – le docteur toussote)
Le docteur : Vous le f… Tu le fais exprès ?
Le mousse : (sans s’arrêter – bourru) Quoi ?
Le docteur : La poussière.
Le mousse : Eh bien quoi, la poussière ? Si ça vous gêne, vous n’avez qu’à vous enlever de là. ( un temps toujours bourru) Après tout, peut-être que la fumée de votre cigarette me gêne, moi. (la colère montant) Vous y avez pensé à ça ? Que je pouvais être gêné, moi aussi. Vous y avez pensé ?
Le docteur (éteignant sa cigarette)  Mais, écoutez, ne le prenez pas comme ça.
Le mousse : (sort une cigarette – ton normal) Vous avez du feu ? (le docteur lui donne du feu très normalement) Vous fumez des blondes vous, n’est-ce pas ?
Le docteur : Oui, des blondes ou alors des cigares.
Le mousse : Des blondes le matin, des cigares le soir.
Le docteur : C’est ça, oui. C’est curieux, je n’ai jamais pu fumer un cigare le matin.
Le mousse : Bof, c’est normal. Moi non plus je ne pourrais pas. (ton normal, sans ironie) La fumée ne vous gêne pas ?
Le docteur : Non, non, pas du tout. (un temps) Vous fumez souvent comme ça ? (le mousse ne comprenant pas) Pendant le travail ?
Le mousse : (comprenant) Ah ! oui. Oh ! ça m’arrive, quand j’ai une minute.(un temps)
Le docteur : (se lève calmement, va au bastingage et se retourne brutalement – ton vif) Je sais parfaitement que vous n’avez pas de fiancée. Ne niez pas, la comtesse me l’a dit. Ce n’est pas normal de ne pas avoir de fiancée à votre âge. Vous n’êtes pas normal. Vous êtes en marge de la société, jeune homme. Vous faites partie de ces gens qui, sous prétexte d’originalité, ne veulent pas s’adapter. C’est mal ça, jeune homme, c’est très mal. Il paraît même que vous ne savez pas ce que c’est. Vous confondez ça avec les tulipes et les fourmis. Mais enfin, il est grand temps que vous compreniez qu’il faut…
Le mousse : (l’interrompant) Elle l’a quand même gros.
Le docteur :(hébété ) Hein ?
Le mousse : Le cul.
Le docteur : Que ?…
Le mousse : La comtesse. Elle a quand même un gros cul.
Le docteur : Mais… de quoi parlez-vous ?
Le mousse : De votre fiancée à vous, et de ses gigantesques fesses.
Le docteur : Ah ! vous savez donc ce que c’est.
Le mousse : Une fiancée, oui. Pourquoi ?
Le docteur : Oh ! pour rien.
Le mousse : (brandissant son balai comme une épée) En garde, Docteur, nous jouons la comtesse. (il se bat dans le vide – le docteur est à 4 ou 5 mètres de lui mais esquive quand même les coups, ridiculement) La Comtesse de Briffard… à paupières. Si vous perdez, elle est à moi.
Le docteur : (en reculant vivement) Et qu’en ferez-vous ?
Le mousse : Je l’embrocherai (il tend le bras, le docteur recule)  et la ferai doucement dorer au-dessus d’un feu de bois (le docteur saute à droite) comme un agneau ou un porcelet.
Le docteur : (saute à gauche) Et si je gagne ?
Le mousse : Vous ne gagnez pas. Vous êtes trop bête pour ça.(il attaque de plus belle en poussant des cris le docteur épouvanté recule, puis se sauve carrément, essayant de se cacher – la comtesse arrive – ils ne la voient pas tout se suite, la poursuite continue un moment – le mousse s’amuse beaucoup)
La comtesse : Eh bien, mais qu’est-ce que vous faites tous les deux ? (le mousse arrête sa poursuite – le docteur est très gêné) Répondez, Docteur. A quel jeu stupide vous livriez-vous ?
Le docteur : (gêné) Oh ! mais ce n’est rien, je vous assure. Je …je distrayais ce garçon, voilà tout.
La comtesse : (ironique) J’ai bien eu l’impression en effet, qu’il s’amusait assez.
Le mousse : Nous nous battions en duel, le docteur et moi, et l’enjeu de ce duel… vous étonnerait…



5 janvier 2012

Jeu idiot

L'attaque sournoise des grenouilles    Huile sur toile   60X72    2011
Jeu:    Vous prenez le nombre de grenouilles
                                          la direction du train
                                          l'âge du conducteur
                                          le nombre de coquelicots

            et vous bâtissez une histoire.
 Pff! C'est pas dur.

                             Exemple:

    Le conducteur du train d’Aurillac était proche de la retraite et il rêvait déjà de toutes les parties de pêche qu’il allait pouvoir faire. En traversant les champs de coquelicots il pensait à son petit pliant en toile qui l’attendait dans le garage et serait bientôt posé au bord d’un ruisseau à gardons.
    Cette ligne, il l’avait faite des centaines de fois, autant dire qu’il avait l’habitude des attaques de grenouilles et ne se tracassait pas trop. D’ailleurs, la compagnie des chemins de fer lui avait fourni un pistolet à pétards, alors…
    Il avait déjà senti une secousse sur l’arrière du train et avait une petite idée de ce qui l’avait provoquée, mais comme c’était un homme tranquille, plutôt que de s’inquiéter il préféra compter les coquelicots sur sa droite. Une bonne cinquantaine, estima-t-il en souriant parce que c’était comme lui. Bientôt soixante, et hop ! à moi les gardons. C’est alors qu’une énorme grenouille verte se jeta sauvagement sur la cabine de pilotage. Tu-dieu, marmonna-t-il, voilà qu’elles remettent ça, ces garces.
    - Tire-toi de là, fit-il en brandissant son pistolet à pétards. Sinon, gare ! et je m’y connais.
    - Coua-coua, ricana la grenouille en s’étalant sur le pare-brise de manière à lui masquer la vue de la voie ferrée.
    - Manquait plus que ça ! j’y vois rien, moi.
    Comme il ne voulait pas manquer les signaux  annonçant le prochain tunnel, il dut actionner le frein vigoureusement.
    Schlss ! Coua-coua ! Schlss ! Coua-coua !
    Regardant sur sa droite, il vit que les grenouilles du champ de coquelicots s’approchaient du train en quelques bonds. Bigre. Et encore, il n’avait pas remarqué les deux gros mâles embusqués derrière les collines.

    La suite de l’histoire serait trop dure pour les âmes sensibles. Sachez seulement qu’entre le rouge du train, le rouge des coquelicots et son propre sang qui coulait abondamment, le malheureux conducteur n’y vit que du bleu.


Voilà, j’ai écrit cette idiotie en une demi-heure. Vous n’allez pas me dire que vous ne pouvez pas faire mieux !

23 octobre 2011

Jeu idiot



Mon araignée au plafond

   Hier soir, comme tous les soirs, il y avait une araignée à mon plafond. D’accord, je vous entends déjà ricaner que vous le saviez depuis longtemps que j’avais une araignée au plafond. Mais je vous ferais humblement remarquer que les matins elle n’y est plus. Alors, hein ?
   Bon, donc hier soir, comme tous les soirs, je contemplais mon araignée au plafond et me demandais pourquoi je ne la voyais jamais le matin. D’habitude, les araignées, ça s’installe, tisse sa toile, et attend les mouches imprudentes. Je décidai donc de lui poser la question.
   Vous allez encore me dire que décidément, l’araignée au plafond, vous voyez bien ce que c’est. Attendez plutôt la suite.
   - Dis donc, toi là-haut, je voudrais que tu m’expliques un truc.
   Aucune réaction. L’araignée continuait à se lécher les pattes, du moins c’est l’impression qu’elle donnait. Alors, j’insistai.
   - Oui, c’est bien à toi que je parle. Je voudrais savoir pourquoi tu es là tous les soirs et jamais le matin.
   L’araignée haussa ses huit épaules comme si ma question était idiote.
   - C’est pas normal, ajoutai-je pour bien lui montrer que j’avais de la suite dans les idées, c’est pas normal que tu te déplaces sans arrêt.
   - Et toi, me répondit-elle avec agacement, tu restes peut-être accrochée au plafond toute la sainte journée !
   J’imagine que ce qui vous étonne, c’est que l’araignée m’ait répondu. En gros, les araignées, ça ne parle pas, je sais. Mais moi, ce qui me stupéfia, c’est le bon sens de sa remarque. C’est vrai ça, pourquoi je resterais accrochée au plafond toute la sainte journée ? Vous le faites, vous ? Vous voyez bien. Comme ce serait inconfortable ! Pas moyen de se reposer. Et puis, comment faire pour manger, aller au boulot, se laver les dents ?…
   Je repris la conversation, bien décidée à prolonger cet échange fructueux.
   - Oui, mais toi, c’est pas pareil. Tu es une araignée quand même.
   Elle me lança un regard chargé de mépris et de pitié et me balança avec suffisance:
  - Et alors, tu n’as jamais vu une araignée se laver les dents ?
 
 Que répondre à cela ?

                 Jeu:  Qu'auriez-vous répondu ?

8 octobre 2011

Théâtre idiot

Fluctuat, fluctuat...                (extrait 5)

Eh! Il faut suivre!


Le commandant: Dis-donc, toi, viens voir là. Tu m’as l’air d’en savoir long sur cette affaire.
Le mousse: (il s’approche) Quelle affaire, Commandant ?
Le commandant: Quelle affaire, quelle affaire! Tu le sais très bien! Ces vis! Nom de dieu !
Le mousse: Ah! oui, les vis.
Le commandant: (montrant ses chaussures du doigt) Chaussures! (un temps – en colère) Chaussures! (le mousse s’agenouille devant lui, sort un chiffon de sa poche, crache sur les chaussures et les astique – le commandant semble en jouir fortement) Allez, raconte… ces vis, d’où viennent-elles ?
Le mousse: (frottant) Si elles sont neuves, elles viennent de chez un quincailler, si elles ont déjà servi on les a extirpées des trous dans lesquels elles étaient vissées.
Le commandant: Ce n’est pas ce que je te demande, crétin !
Le mousse: Si elles sont neuves, le cas n’est pas intéressant. Éliminons-le. Donc, nous disons qu’elles sont usagées. Pour savoir d’où elles viennent, il faudrait connaître leur longueur. (relevant la tête) De quelle longueur, Commandant ?
Le commandant: (agacé) Ah! quelle importance!
Le mousse: (toujours frottant) Disons, de longueur… indéterminée. Ces vis peuvent provenir d’un appareil quelconque que l’on aura démonté: séchoir à cheveux, machine à coudre, bicyclette…
Le commandant: Après!
Le mousse: Ou bien, elles étaient vissées directement dans une planche, un mur, une pièce métallique…
Le commandant: T’as pas fini, non ? (  en colère) Tu sais parfaitement d’où elles viennent.
Le mousse: Décidons-nous pour… un appareil, ou plutôt un objet métallique. Reste à savoir quel objet. Grand, petit, isolé ou bien faisant partie d’un tout ?
Le commandant: Isolé, sûrement.
Le mousse: Vous avez raison, Commandant. Un petit objet sans doute. Voyons, lequel ?… Un réveil, un  rasoir, un couteau de poche particulièrement compliqué, une lampe électrique, une boîte…
Le commandant: Une boîte ?
Le mousse: Boîte à sucre, boîte à outils, coffre, coffret…
Le commandant: Un coffret, c’est ça.
Le mousse: Nous disons un coffret. Bien, à présent, à qui a appartenu ce coffret ?. A Adèle, au marchand de journaux, au docteur, à la comtesse, au comte ?
Le commandant: Au comte , Pourquoi au comte ?
Le mousse: Simple supposition. Il ne faut éliminer aucune possibilité.
Le commandant: Bon, alors va pour le comte.
Le mousse: Eh bien voilà Commandant, j’ai répondu à votre question. Ces vis proviennent d’un coffret qui a appartenu à défunt le Comte de Briffard. (se levant et montrant la place qu’il vient de quitter) A vous maintenant. ( en colère) A vous!
Le commandant: Mais ?…
Le mousse: (il a un geste autoritaire – le commandant s’agenouille à son tour et prend le chiffon) Allez! (le commandant se met à astiquer les chaussures du mousse) Bien. Alors, dites-moi donc, Commandant, comment les vis du coffret du comte sont-elles parvenues entre les mains du marchand de journaux ?
Le commandant: (idiot) Beuh… j’en sais rien.
Le mousse: Commandant, un petit effort, vite !
Le commandant: Le comte a pu donner lui-même les vis au marchand de journaux.
Le mousse: Idiot. Pourquoi le comte aurait-il démonté son coffret pour aller ensuite en donner les vis à un commerçant avec lequel il devait avoir peu de rapports ?
Le commandant: Oui. (pour réfléchir il s’arrête de frotter)) Une tierce personne a peut-être démonté le coffret et porté les vis au marchand de journaux.
Le mousse: Mieux. Mais pourquoi avoir démonté le coffret ?
Le commandant: Parce qu’on ne pouvait plus l’ouvrir. La serrure était bloquée ou la clé égarée.
Le mousse: Vous êtes en progrès, Commandant. Ou la clé était en la possession du comte et celui-ci ne voulait pas la céder.
Le commandant: C’est plutôt ça. En somme, celui qui a démonté le coffret l’a fait contre la volonté du comte.
Le mousse: Oui. Pourquoi ?
Le commandant: Pour le voler. (content de lui) Oui, c’est sûrement ça. Ce coffret devait contenir quelque chose de précieux, de l’argent peut-être, et le voleur qui n’avait évidemment pas la clé a été obligé de le démonter.
Le mousse: Hé là, hé là ! doucement, Commandant. Après tout, ce ne sont que des suppositions. Ces vis peuvent très bien venir d’un briquet que le comte a porté au marchand de journaux pour qu’il le répare.
Le commandant: Ah! non. On est arrivé à quelque chose d’intéressant, ne venez pas tout détruire avec… (se reprenant) Ne détruis pas tout avec ta sale logique.
Le mousse: Et la sixième vis, celle qu’avait Adèle? Vous y avez pensé ?
Le commandant: Oh! Tu me fatigues.


 

9 juin 2011

Théâtre absurde

                                   Fluctuat, fluctuat (Anne Marbrun)               Extrait 4




(le mousse va vers le bastingage, prend les jumelles et regarde un moment – les trois autres gardent leur attitude – le mousse regardant toujours se met à rire, d’abord doucement, puis de plus en plus fort)

Le commandant: (augmentant progressivement le volume de sa voix) Héééé là, qu’est-ce qui te faire rire moussaillon ?
Le mousse: C’est Adèle.
Le commandant: Adèle ?
Le mousse: Oui, l’employée du coiffeur. Elle parle avec le marchand de journaux sur le trottoir. Elle fait de ces mines! Je crois bien qu’elle veut le séduire. (à ces mots le docteur et la comtesse se sont levés d’un bloc)
Le docteur: (arrachant les jumelles des mains du mousse) Donne! (il regarde un moment puis les repose en haussant les épaules) Pff! Aucun intérêt.
Le mousse: (d’un air entendu) Ah! Je crois que vous n’avez pas bien regardé, Docteur. Adèle, la belle Adèle, mérite qu’on la regarde mieux.(le docteur est partagé entre le mépris et la curiosité) Vous voyez la main qu’elle a dans la poche de sa blouse… son poing est fermé… il n’est pas fermé sur le vide… Qu’est-ce qui peut bien tenir dans un poing fermé ?… (le docteur regarde à nouveau – la comtesse essaie de regarder aussi) Un objet petit, petit mais précieux pour qu’on le serre comme ça…
La comtesse: (au docteur – bas) Vous croyez que c’est ça ?
Le docteur: Taisez-vous.
Le mousse: Voyons, nous disions un petit objet… Une bille peut-être ? Non. Pourquoi Adèle aurait-elle une bille dans la main ? Alors… une lame de rasoir ? Non, ça la couperait. Une punaise ? Un sucre ? bonbon ? un caramel ?un nougat ? Une bague qu’elle veut offrir au marchand de journaux ? C’est peu probable. Une noix ? Une pièce ? Un bouchon ? Une capsule ? Une pointe? Une vis ? Un écrou ?
Le commandant: (se réveillant soudain et criant) Une vis ! C’est ça !
(tous se tournent vers lui)
Le mousse: Pourquoi ?
Le commandant: (désemparé) Euh… je sais pas, moi. Vous parliez de vis tout à l’heure.
Le mousse: On parlait de vis ? Qui parlait de vis ?
Le commandant: ( embarrassé) Mais… euh…
Le docteur: Vous dites n’importe quoi, Commandant.
Le commandant: Comment ?! mais…
La comtesse: C’est vrai, jamais personne n’a parlé de vis. Vous êtes ivre.
Le commandant: (scandalisé) Ah! ben, ça alors.
Le mousse: Ne lui en veuillez pas, c’est cette épidémie qui le rend bizarre.
Le commandant: (dans un sursaut) Épidémie ! Quelle épidémie ?
Le mousse: Vous voyez.
La comtesse: Il n’est pas atteint au moins ?
Le docteur: Non, la peste est une maladie physique.
La comtesse: (acquiesçant) Ah! oui. Lui, c’est plutôt…
        (le mousse et le docteur acquiescent de la tête – ils prennent tous trois des airs entendus)
Le commandant: (se lève et va prendre les jumelles – dans ses dents) Ouais. Ouais, ouais. (les autres le regardent – il hoche la tête – le docteur ne peut cacher sa curiosité)
Le docteur: (s’approche, hésite, puis) Que voyez-vous ? (le commandant ne répond pas)
La comtesse: Vous voyez quelque chose, Commandant ?
Le commandant: (piqué) Vous savez bien que je suis un malade!
La comtesse: (mielleuse) Oh! Mais nous disions cela pour rire! (le commandant est peu convaincu)
Le mousse: Elle la lui a donnée, Commandant ?
Le commandant: Non, pas encore. Elle a toujours son poing dans sa poche. Ah! Ah! Il se passe quelque chose…
Le docteur: (attrapant les jumelles) Donnez ça.
Le commandant: ( ne cédant pas) Attendez, attendez… Le marchand de journaux sort son portefeuille… oui, c’est ça. Il l’ouvre, en sort… un papier ?
Le docteur: Un billet sans doute.
La comtesse: De combien ?
Le commandant: Il le tend à la fille. Elle sort sa main de sa poche, l’ouvre et fait voir au marchand de journaux ce qu’il y a dedans. Il regarde, prend la chose…
La comtesse: Mais qu’est- ce que c’est ?
Le docteur: Regardez, bon sang!
Le commandant: (toujours sur le ton descriptif) Il la met dans sa poche et se frotte les mains. Et voilà. Il a l’air bien content, ma foi. (il baisse les jumelles – au docteur, narquois) Eh! bien , Docteur, qu’y a-t-il ? Vous n’avez pas bonne mine. Oh! Vous filez un mauvais coton, vous.
Le docteur: (agacé) Oh! Ça suffit.
La comtesse: Mais enfin, vous n’avez pas vu ce qu’elle lui a donné ?
Le commandant: Non, pourquoi ?
Le docteur: (retrouvant son sang-froid) Ne vous inquiétez donc pas, Comtesse. Pourquoi attacher de l’importance à des gestes si anodins ? (il sort sa montre et la regarde) Allez, venez. Je crois que c’est l’heure de notre promenade.



26 avril 2011

Théâtre idiot

Résumé :
Sur une mer indéterminée et factice, au large ou auprès d’une terre fictive, quatre personnages : le commandant oisif et idiot, la comtesse veuve et nymphomane, le docteur pervers, le mousse sournois et insolent. Des pestiférés fantomatiques traversent de temps à autre le navire dans l’indifférence générale. Une confuse histoire de vis fait planer le doute sur la mort subite du comte.
Le docteur va faire un tour en ville et la comtesse en profite pour essayer de séduire le commandant. Celui-ci part en ville à son tour pour fuir la comtesse qui se rabat sur le mousse.

La comtesse: Figurez-vous, mon cher,que notre docteur est très préoccupé.

Le docteur: (gêné) Mais non, mais non.

La comtesse: (au commandant) A cause de ce que vous lui avez dit tout à l’heure. (geste interrogateur du commandant) Au sujet des vis.

Le commandant: (réalisant)  Ah! Les vis. (il se met à rire) Ah! Ah! Les vis. Ah! Ah! Ah!

Le docteur: (agacé)  Et bien, quoi ? Qu’est-ce que cela a d’amusant ?

Le commandant: (s’arrêtant avec peine de rire)  Oh! Rien. Non, rien.

La comtesse: Voyons, Commandant, faites un effort de mémoire. Combien en avait-il dans sa

main, cinq ou six ? (elle lui parle comme à un enfant- il a l’air de faire un gros effort)  Cinq ou

six ? C’est très important.

Le commandant: (il semble réfléchir – on croit qu’il va répondre, puis subitement il traverse

le bateau très vite en montrant quelque chose du doigt) C’est elle ! La voilà, la voilà ! (la

comtesse et le docteur se regardent avec étonnement puis consternation)

La comtesse: On n’en tirera rien.

Le docteur: Sa débilité augmente de jour en jour.

Le commandant: C’est elle, je vous dis, Pégase! C’est Pégase!

La comtesse: Qu’est-ce qu’il dit ? Il voit des chevaux maintenant.

Le commandant: Mais non, Pégase, la constellation!

Le docteur:  Bon, très bien, la constellation. Et alors ? Il n’y a pas de quoi faire un tapage

pareil
.
Le commandant: (vexé)  Bon, bon, ça va. Je ne dirai plus rien. (pour lui) C’est pourtant autre

chose que les vis du marchand de journaux, mais enfin ! (il hausse les épaules – le mousse

  arrive avec verres et carafe sur un plateau et se met à servir)

La comtesse: Ah!  (le commandant boude – le docteur sort un cigare)

Le docteur: Allons commandant, ne boudez pas. (le commandant hausse les épaules)

La comtesse:  Vous avez trouvé de nouveaux cigares ?

Le docteur: Oui, Comtesse. (il regarde son cigare, le sent, sceptique) Je ne suis pas sûr du résultat
.
Le mousse: (qui a fini de servir)  Pégase est en vue.

Le commandant: (bondissant de sa chaise) Ah! Vous voyez !

Le docteur: (impassible) Et bien ?

Le mousse: (très important)  Après Pégase ce sera Andromède, et après Andromède…

(geste de fatalité)

Le commandant: (très sombre)  Et oui, après Andromède…

La comtesse: (au docteur)  Vous comprenez quelque chose, vous ?

Le docteur: Commandant, vous laissez la parole à votre mousse à présent ?

Le commandant: (rêveur) Il sait aussi bien que moi ce que ça veut dire, Andromède.

La comtesse: (ironique) Il a de la chance !

Le docteur: Laissez, laissez.  (pendant tout le dialogue suivant, le docteur et la comtesse

seront parfaitement indifférents)

Le mousse: (tenant toujours son plateau vide, regardant droit devant lui)  Pégase, ça va

encore. Avec un peu de chance on peut s’en tirer…

Le commandant: (toujours assis, l’air absent)  Oui, Pégase, c’est rien. Beaucoup d’autres l’ont

fait avant nous…
 
Le mousse: Il suffit de passer lentement, sans se faire remarquer….

Le commandant: Dès qu’on aperçoit Sirrah on arrête les moteur, on finit à la voile…

Le mousse; Oui, à la voile, ça passe. Mais Sirrah, c’est la fin de Pégase…
 
Le commandant: Et le début d’Andromède… (il soupire) Et alors là…
 
 Le mousse: Vous vous souvenez , Commandant… l’année dernière… Eridan…

Le commandant ; (riant légèrement) Oui, Eridan…

Le mousse: On l’avait bien eue !

Le commandant : (rit un peu puis soupire)  Ah! Ne parle pas de ça, allez.



               Fluctuat, fluctuat (Anne Marbrun)     Extrait 3

21 mars 2011

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                            De tu à vous


De tu à vous
Il y a pas loin
Un rendez-vous
Un trois fois rien

On s’est connus
Au Paradis
On s’est revus
On s’est rien dit

Dites-moi tu
Ou dis-moi vous
Faut pas se taire
Quand c’est dans l’air


De toi à moi
C’est plein d’émois
Mais pour le tu
C’est bien foutu

Ta sale façon
De vouvoyer
Ça m’a tuée
M’a fait dire non

Dites-moi tu
Ou dis-moi vous
On n’a pas su
On n’a pas pu


Tu m’as juré
Que dès demain
On s’aimerait
C’était l’matin

Tu m’as perdue
Pour une histoire
De vous et tu
C’était le soir

Dites-moi tu
Ou dis-moi vous
Il faut jamais
Se tuvoyer



De vous à tu
Il a fallu
Que ce soit moi
Qui dise toi

« Si par hasard
Sur l’pont des arts »
On se revoit
Ce s’ra pas moi

Dites-moi tu
Ou dis-moi vous
On s’est aimés
On s’est quittés







     NB:Un copyright est déposé.
            Je peux essayer d'écrire d'autres chansons à la demande
            sur un thème proposé.



21 février 2011

Théâtre idiot


La comtesse : (coquette) Non. (elle s’assoit dans un transat, le mousse sur le bastingage – un temps – elle fait des mines, regarde le mousse du coin de l’œil, puis, enjôleuse) Quel âge as-tu ?
Le mousse : (ennuyé) Dix-sept ans.
La comtesse : (flatteuse) Oh ! Tu en parais bien vingt ! (il ne répond pas) Sais-tu que tu n’es pas laid ? (il ne répond pas) Bien sûr, tu n’as pas ce… cette maturité du commandant ou du docteur, mais… la jeunesse ! (elle   soupire) Ah ! 17 ans… C’est à cet âge que j’ai connu le comte. J’ai tout de suite été très amoureuse de lui. Il était si beau, si fort, si plein de vie.
Le mousse : De quoi il est mort, déjà ?
La comtesse : (changeant de ton) Tu dois bien avoir une fiancée, toi aussi ?
Le mousse : Une quoi ?
La comtesse : Une fiancée.
Le mousse ; Qu’est-ce que c’est ?
La comtesse : (avec un rire indulgent) Oh ! Oh ! qu’il est sot. Mais une fiancée voyons, c’est une jeune fille…
Le mousse : (l’interrompant) Je connais la tulipe, la rose, la mer, la lune, la Tour Eiffel, la poste, la mairie, la poulie, la sortie, la souris et la fourmi, mais je ne connais pas la fiancée.
La comtesse : (riant) Ah ! Ah ! Ah !
Le mousse : Ça se boit ? ça se mange ? ça se touche ? ça s’escalade ? ça se contourne ? ça s’emprunte ? ça s’observe ?
La comtesse : (riant toujours) Ah ! allez, ne sois pas stupide. Elle est comment ?
Le mousse : Qui ?
La comtesse : Ta fourmi, ta souris, ta sortie, ta poulie, ta mairie.




                         Fluctuat, fluctuat (Anne Marbrun)  Extrait 2

10 janvier 2011

Théâtre idiot

La comtesse : (stupéfaite – au docteur) Mais comment faites-vous ? (le docteur a un petit geste de la main supérieur et méprisant)
Le commandant : (s’est approché – les mains derrière le dos – s’inclinant) Madame la Comtesse, Docteur.
Le docteur : Bonjour Commandant.
La comtesse : Eh ! bien, Commandant, vous négligez vos passagers ?

Les pestiférés arrivent silencieusement, comme des fantômes et tournent autour des personnages.

Le commandant : Pas du tout, Madame la Comtesse, mais… (grandiloquent) conduire un navire au port est une tâche exaltante certes, mais aussi bien absorbante.
La comtesse : (petit rire)  Oh ! oh ! Commandant, vous vous moquez !
Le commandant : (modeste) Mais si, mais si, je vous assure. (grandiloquent) C’est une passion toujours inassouvie que celle du marin risquant constamment sa vie pour son amour unique et exigeant : la mer !
La comtesse : (d’abord béate d’admiration, se ressaisit et balaye de la main) Oui, bon.
Le docteur : (grandiloquent) Pas de plus noble but, de chemin plus royal pour mener son âme au royaume des ombres.
La comtesse : Il s’y met lui aussi.
Le docteur : (grandiloquent) Et à l’heure solennelle où les comptes seront faits, lequel d’entre nous pourra dire, le cœur en paix, ce chemin semé d’embûches et de dangers impitoyables, je l’ai parcouru sans faillir ? Lequel d’entre nous, sinon le commandant de ce navire ?

Les pestiférés s’en vont progressivement.

Le commandant : (s’ébrouant) Oui, euh… on verra.
Le mousse : C’est tout vu.

Le commandant s’approche du bastingage, s’empare des jumelles et observe la mer.

Le docteur : Et bien ? Que voyez-vous ?
La comtesse : N’y a-t-il aucune terre en vue ? Pas le moindre îlot ?
Le commandant : (continuant à observer) Le marchand de journaux parle avec le coiffeur.
La comtesse : De quoi ?
Le commandant : Le coiffeur se recule pour laisser passer une dame sur le trottoir. Il a des ciseaux à la main. Le marchand de journaux lui montre quelque chose. On dirait des pointes, des vis plutôt. (brusquement) Qu’est-ce que c’est ? (il regarde au-dessus de ses jumelles)  Ah ! une mouette !
Le docteur : Il y en a beaucoup ?
Le commandant : Des mouettes ?
Le docteur : Non, des vis.
Le commandant : (hésitant) C… cinq, peut-être six.
Le docteur : Cinq ou six ? (le commandant se tourne vers lui, interrogateur ) Voyons, c’est important.
Le commandant : (observe à nouveau) Six.
Le docteur : Vous êtes sûr ?
Le commandant : (affirmatif) Oui, six.
Le docteur : (soulagé) J’aime mieux ça.
La comtesse : Est-ce que France-Soir est arrivé ?
Le commandant : Je ne le vois pas. (un temps – il baisse ses jumelles – regarde dans le vague par-dessus bord) Ça avait commencé comme ça pour le Titanic. (le mousse se redresse brusquement) Le coiffeur discutait avec le marchand de journaux, et puis l’iceberg est arrivé.
Le mousse : C’était pas un coiffeur, c’était un boucher.
Le commandant : Tais-toi quand je parle.
La comtesse : De toutes façons il n’y a pas d’iceberg ici, n’est-ce pas ?
Le commandant : (agressif) Et pourquoi s’il vous plaît ?
La comtesse : (intimidée) Mais… nous sommes près de l’équateur, non ?
Le commandant : Et alors ?


                                               Fluctuat, fluctuat...   (Anne Marbrun)       (extrait 1)

3 janvier 2011

Promenade



  Sept hommes jeunes se promenaient, d’une maison ils   s’approchaient.
 Fleuris d’été, têtes enflées, flânaient en chœur, petit bonheur.
 Un joli saule vint à baisser ses branches molles jusqu’à leurs pieds.
 Tendre gravier, sous leurs souliers, cria de joie, se trémoussa.
 De la maison firent le tour, en chantonnant des mots d’amour.
 Puis s’enfilèrent par la serrure, se faufilant dans un murmure.
 Sept petits lits couverts de fleurs les attendaient dans la tiédeur.