Affichage des articles dont le libellé est A la carte. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est A la carte. Afficher tous les articles

2 février 2011

La petite fille aux briquets

   La petite fille aux briquets avait froid aux pieds. Elle avait perdu ses tongs et on se gelait dans cette bonne ville de Copenhague la veille de Noël. Elle n’avait pas vendu un seul briquet de toute la journée et n’avait plus un seul petit centime pour s’acheter trois miettes de pain. C’était la misère et le grand désespoir. Pauvre petite fille. Elle s’assit tristement sur le trottoir dans le vague abri d’une encoignure et tira son tee-shirt sur ses genoux tout maigres. L’idée lui vint de se réchauffer les doigts à la flamme d’un briquet. Pauvre petite.
   Clic ! La flamme jaillit, tremblotante dans le froid. Et tout à coup une grande lumière se fit et une étrange image apparut à la petite fille:  une superbe chaudière à condensation lâchant sa vapeur à petites bouffées tranquilles. La fillette commençait à se réchauffer un peu quand la lumière s’éteignit.
   Elle appuya à nouveau sur la molette du briquet. Clic ! Cette fois la flamme lui donna la vision d’un magnifique hamburger débordant de ketchup.  La petite fille allait y mordre à peines dents quand la vision disparut.
   Clic ! Nouveau halo de lumière qui montrait un sapin enluminé de guirlandes de toutes les couleurs et un Père Noël tout bronzé dans un bermuda rouge qui lui moulait bien les fesses et déposant mille cadeaux au pied du sapin. La petite fille tirait déjà sur la ficelle du premier paquet quand la lumière s’éteignit.
   Trop bête quand même. La petite fille en avait marre de ces visions qui n’apparaissaient que pour disparaître. Alors, avec ses dix petits doigts engourdis par le froid elle alluma dix briquets du même coup. Clic ! Clic ! Clic !…
   Oh ! fit-elle, ma tante Adèle !
   Tante Adèle était là en effet, qui souriait à la petite fille aux briquets, qui la prit par la main et l’entraîna avec elle dans son sillon lumineux.
   Le lendemain matin, un adolescent boutonneux découvrit le corps congelé de la petite, affaissé sur un tas de briquets.
   Peuh ! dit-il, tous ces briquets et même pas une clope.
                                                                                                    Anne Marbrun

29 janvier 2011

Peinture d'Hervé Simon

750  euros
                                              voir blog Hervé Simon dans J'aime bien

26 janvier 2011

Le renard et le corbeau

Maître Corbeau à un arbre pendu
   Regardait vers le bas.
Maître Renard sous l’arbre tordu
   Lui sortit son bla-bla.
   «  Eh ! salut, pauvre affreux corbeau,
Que tu es marrant, accroché au rameau
   Sans mentir, si tes trois neurones
   Etaient de jolies pommes
C’est sûr qu’on s’arrêterait pour les mettre au garage. »
A ces mots, le corbeau fait éclater sa rage
   Et pour répondre à cet outrage
Il ouvre un large bec et tombe des branchages.
Le renard se bidonne et dit : « Ecoute, mon pote,
   Je vais dire aux cocottes
Que pas plus que leur vieux coq déplumé
Tu ne sais distinguer un arbre d’un gibet. »
   Le corbeau furieux et courbatu
Jura, mais un peu tard, qu’il ne se pendrait plus.

12 janvier 2011

                        - Gare à toi !

                  - C'est exact, répond le garde-barrière.

10 janvier 2011

Théâtre idiot

La comtesse : (stupéfaite – au docteur) Mais comment faites-vous ? (le docteur a un petit geste de la main supérieur et méprisant)
Le commandant : (s’est approché – les mains derrière le dos – s’inclinant) Madame la Comtesse, Docteur.
Le docteur : Bonjour Commandant.
La comtesse : Eh ! bien, Commandant, vous négligez vos passagers ?

Les pestiférés arrivent silencieusement, comme des fantômes et tournent autour des personnages.

Le commandant : Pas du tout, Madame la Comtesse, mais… (grandiloquent) conduire un navire au port est une tâche exaltante certes, mais aussi bien absorbante.
La comtesse : (petit rire)  Oh ! oh ! Commandant, vous vous moquez !
Le commandant : (modeste) Mais si, mais si, je vous assure. (grandiloquent) C’est une passion toujours inassouvie que celle du marin risquant constamment sa vie pour son amour unique et exigeant : la mer !
La comtesse : (d’abord béate d’admiration, se ressaisit et balaye de la main) Oui, bon.
Le docteur : (grandiloquent) Pas de plus noble but, de chemin plus royal pour mener son âme au royaume des ombres.
La comtesse : Il s’y met lui aussi.
Le docteur : (grandiloquent) Et à l’heure solennelle où les comptes seront faits, lequel d’entre nous pourra dire, le cœur en paix, ce chemin semé d’embûches et de dangers impitoyables, je l’ai parcouru sans faillir ? Lequel d’entre nous, sinon le commandant de ce navire ?

Les pestiférés s’en vont progressivement.

Le commandant : (s’ébrouant) Oui, euh… on verra.
Le mousse : C’est tout vu.

Le commandant s’approche du bastingage, s’empare des jumelles et observe la mer.

Le docteur : Et bien ? Que voyez-vous ?
La comtesse : N’y a-t-il aucune terre en vue ? Pas le moindre îlot ?
Le commandant : (continuant à observer) Le marchand de journaux parle avec le coiffeur.
La comtesse : De quoi ?
Le commandant : Le coiffeur se recule pour laisser passer une dame sur le trottoir. Il a des ciseaux à la main. Le marchand de journaux lui montre quelque chose. On dirait des pointes, des vis plutôt. (brusquement) Qu’est-ce que c’est ? (il regarde au-dessus de ses jumelles)  Ah ! une mouette !
Le docteur : Il y en a beaucoup ?
Le commandant : Des mouettes ?
Le docteur : Non, des vis.
Le commandant : (hésitant) C… cinq, peut-être six.
Le docteur : Cinq ou six ? (le commandant se tourne vers lui, interrogateur ) Voyons, c’est important.
Le commandant : (observe à nouveau) Six.
Le docteur : Vous êtes sûr ?
Le commandant : (affirmatif) Oui, six.
Le docteur : (soulagé) J’aime mieux ça.
La comtesse : Est-ce que France-Soir est arrivé ?
Le commandant : Je ne le vois pas. (un temps – il baisse ses jumelles – regarde dans le vague par-dessus bord) Ça avait commencé comme ça pour le Titanic. (le mousse se redresse brusquement) Le coiffeur discutait avec le marchand de journaux, et puis l’iceberg est arrivé.
Le mousse : C’était pas un coiffeur, c’était un boucher.
Le commandant : Tais-toi quand je parle.
La comtesse : De toutes façons il n’y a pas d’iceberg ici, n’est-ce pas ?
Le commandant : (agressif) Et pourquoi s’il vous plaît ?
La comtesse : (intimidée) Mais… nous sommes près de l’équateur, non ?
Le commandant : Et alors ?


                                               Fluctuat, fluctuat...   (Anne Marbrun)       (extrait 1)

8 janvier 2011

La chèvre et le loup

-  Il se fait tard, dit le loup, nous recommencerons demain.
-   Mais non, répliqua la chèvre, je ne suis pas fatiguée, je t’assure.
   En bas, Monsieur Seguin bêlait comme un vieux bouc. « Blanquêêêtte ! »
-  Tu vois, dit le loup, il t’attend.
- Laisse-le faire, le désespoir l’amuse.
-  Bon.
   Le loup se résigna. Il se lécha les babines pour essayer de saliver d’envie. Mais c’est difficile de faire semblant quand l’envie est passée.
   La chèvre frottait l’herbe de ses petits sabots vernis.
-  Qu’est-ce que tu attends ? Si je ne bouge pas, je vais avoir froid, moi.
   Le loup la regarda par en-dessous. Celle-ci alors, jamais rassasiée.
   Il prit son grand air méchant, babines retroussées, sourcils froncés, regard jaune impitoyable. Méfie-toi, petite, si tu en veux tu en auras. La chèvre regardait en sifflotant les sapins tellement majestueux avec leurs branches qui descendaient jusqu’à terre. Il détendit brusquement ses muscles bandés et arriva comme un boulet sur la distraite enfant. Sous le coup, elle roula dans l’herbe. Il en profita pour la mordre à l’encolure.
-  Arrête, tu me fais la chatouille, dit Blanquette en se trémoussant.
   Il serra plus fort les mâchoires. Le sang coula sur les poils blancs et soyeux.
   Le vieil imbécile continuait à hurler son désespoir. « Blanquêêête ! rentre vite, petite, la nuit sera bientôt là.
-  Cause toujours, fit Blanquette en se tenant les côtes.
   Le loup qui l’avait lâchée prit un peu de recul pour mieux voir la nouvelle tache rouge qu’il venait de faire. Il était légèrement essoufflé mais ne voulait pas le montrer.
   La chèvre se releva et essaya de lécher sa blessure mais elle n’arrivait qu’à se tordre le cou sans pouvoir l’atteindre.
- Ah ! Ah ! ricana le loup.
    Et sa voix sinistre résonna sous la voûte des grands arbres.
- Tu parles ! dit Blanquette en haussant les épaules, même pas mal.
- Ca m’étonnerait, dit méchamment le loup entre ses dents luisantes.
   La nuit tombait en effet. On entendit une chouette hululer et la brume commençait à monter de la vallée.
- Oh ! Oh ! bêlait Monsieur Seguin.
- Hi ! Hi ! répondait l’écho.
    Le loup en avait vraiment assez  cette fois-ci.
-  Allez, dit-il, on remet ça demain, d’accord ?
-  Tut, tut, fit l’insatiable. Je crois que tu vieillis, toi.
   Le loup n’apprécia pas du tout.
-  Tu l’auras voulu, grogna-t-il.
   Et il se jeta à nouveau sur la chèvre avec la même violence. Il la saisit à la patte et la fit basculer dans les pâquerettes. Blanquette se débattait en gloussant. Elle m’agace, elle m’agace, se disait le loup dans sa tête de loup. La maintenant sous lui, il cherchait dans la fourrure blanche un coin bien sensible mais encore propre. Quand il l’eut trouvé, il serra si fort que le sang lui jaillit dans la bouche et qu’il en eut un grand écœurement, mais il ne lâcha pas. Blanquette gigotait en silence. Elle ne fait plus la maligne, se dit le loup, c’est bon signe.
- Ouh ! Ouh ! s’époumonait le vieil imbécile du fond de la vallée.
   Blanquette cessa de gigoter. Elle était morte.

                                                                                                             Anne Marbrun

3 janvier 2011

Le prix de l'essence a encore augmenté.

                                                       


                                                           Pas étonnant !                       

Promenade



  Sept hommes jeunes se promenaient, d’une maison ils   s’approchaient.
 Fleuris d’été, têtes enflées, flânaient en chœur, petit bonheur.
 Un joli saule vint à baisser ses branches molles jusqu’à leurs pieds.
 Tendre gravier, sous leurs souliers, cria de joie, se trémoussa.
 De la maison firent le tour, en chantonnant des mots d’amour.
 Puis s’enfilèrent par la serrure, se faufilant dans un murmure.
 Sept petits lits couverts de fleurs les attendaient dans la tiédeur.

Menuiserie à Clergoux

1 janvier 2011

Premier janvier

Mes résolutions du 1er janvier:
     Je m'efforcerai de ne dire que des idioties
                            de ne peindre que des idioties
                            de n'écrire que des idioties.


 


                                        Qui s'y trompe s'y pique.